
Aave Labs propose une motion radicale pour transférer les revenus à l’Aave DAO et transférer la propriété intellectuelle à une nouvelle fondation, intégrant ainsi cette startup dans la gouvernance des détenteurs de tokens. En échange, ils demandent 25 millions de dollars en stablecoins, 75 000 AAVE et d’autres fonds. Marc Zeller, fondateur de l’ACI, considère cette proposition comme une opération de dépeçage déguisée en acte de charité.
Selon cette proposition, Aave Labs prévoit de mettre tous les revenus issus des produits de la marque Aave (y compris les frais d’échange de Aave v3 et v4 à venir, les revenus du frontend aave.com, ainsi que d’autres activités futures comme la carte Aave et l’ETF AAVE) dans le trésor de l’Aave DAO. Il propose également de créer une nouvelle fondation Aave pour détenir la propriété intellectuelle et la marque.
Dans le cadre de ce plan, Aave Labs demande à la DAO de s’engager à fournir un mode de financement pour couvrir ses coûts opérationnels, soit 25 millions de dollars en stablecoins, 75 000 AAVE en libération linéaire sur deux ans, ainsi que d’autres fonds pour le lancement de produits spécifiques. Concrètement, ils demandent un paiement initial de 5 millions de dollars, puis un versement échelonné de 20 millions dans l’année, avec en plus une libération mensuelle linéaire de 75 000 AAVE sur deux ans.
Ils ont également déposé trois demandes de subventions de 5 millions chacune pour le développement et la promotion de Aave App, Aave Pro et Aave Card, ainsi qu’une subvention supplémentaire de 2,5 millions pour le développement de Aave Kit. Si toutes sont acceptées, Aave Labs recevra environ 50 millions de dollars en cash et 75 000 AAVE (d’une valeur d’environ 150 dollars chacun, soit environ 1,125 million de dollars), pour un total d’environ 61,25 millions de dollars.
Frais opérationnels : 25 millions de stablecoins (5 millions d’avance + 20 millions en versements échelonnés)
AAVE : 75 000 tokens en libération linéaire sur deux ans (valeur environ 1,125 million)
Développement de produits : 5 millions chacun pour Aave App, Pro, et Card (total 15 millions)
Aave Kit : 2,5 millions
Total : environ 61,25 millions de dollars
Bien que le montant demandé soit « considérable », la proposition indique que la majorité des fonds dépendra de la capacité d’Aave Labs à produire des résultats réellement valorisables. Le budget annuel devra faire l’objet d’un vote de gouvernance séparé, « afin que la DAO puisse continuer à surveiller la répartition des fonds ». Aave Labs écrit : « Dans ce cadre, la DAO choisira de financer directement une gamme plus large d’opérations, y compris le développement produit, le marketing, la conformité légale et réglementaire, ainsi que le développement commercial. »
Bien que cette proposition bouleverse la gouvernance et la propriété d’Aave, représentant une tentative sérieuse de gérer une marque valant plusieurs milliards de dollars via DAO, elle a aussi suscité des critiques. Aave Labs propose d’abandonner leur modèle de profit actuel, mais cela leur ferait-il réellement perdre quelque chose ? « Je veux dénoncer dès maintenant cette manœuvre visant à tromper le public », a répondu Marc Zeller, fondateur de l’initiative Aave Chan et membre clé du DAO.
« Nous avons déjà vu ce genre de tactique : poser des conditions excessives, subir le backlash, puis reformuler une demande plus modérée en la présentant comme un compromis raisonnable, tout en continuant à tirer profit. » La critique de Zeller est très acerbe : il voit dans la proposition d’Aave Labs une stratégie de négociation plutôt qu’un vrai compromis. En proposant une demande extrême (50 millions + tokens), ils espèrent probablement qu’elle sera rejetée ou réduite, puis « reculent » vers une demande de 30 millions, donnant l’impression que c’est « au moins moins que 50 millions » et que la DAO doit accepter.
« Soyons honnêtes : le comportement de Labs ressemble à une tentative d’imposer ses conditions sans respecter le processus de gouvernance », écrit Zeller. « Si les détenteurs de tokens sont satisfaits, tant mieux pour eux, mais je ne prétends pas que ce soit une gouvernance saine. » Son argument central : Aave Labs a présenté un plan « tout ou rien » sans négociation sérieuse avec la DAO, ce qui constitue un manque de respect envers la gouvernance.
Bien que le dialogue ne fasse que commencer, Zeller a déjà qualifié la demande d’Aave Labs de tentative d’extorsion à 50 millions de dollars, sans qu’aucun échange préalable n’ait eu lieu. Cette approche « unilatérale » va à l’encontre des principes de la gouvernance décentralisée. La procédure idéale aurait été qu’Aave Labs communique informellement avec les principaux membres de la DAO, recueille des retours, ajuste sa proposition, puis la soumette officiellement. Au lieu de cela, ils ont présenté une proposition complète et lancé un vote, donnant une impression de « contrainte à accepter ».
Depuis plusieurs mois, la communauté Aave s’interroge sur la véritable propriété de la plateforme : s’agit-il de la DAO qui contrôle le protocole depuis la création du token de gouvernance, ou de la startup Aave Labs qui a initialement construit la marque ? En décembre dernier, Aave Labs a transféré les frais de transaction générés par l’interface officielle aave.com, auparavant destinés au trésor de la DAO, vers un portefeuille privé contrôlé par la société. Ce geste a provoqué une controverse dans la communauté.
Cet incident est le déclencheur du conflit actuel. L’interface aave.com est le principal point d’interaction des utilisateurs avec le protocole, et ses frais d’échange (généralement 0,1-0,3 % du montant de la transaction) alimentaient le trésor DAO. Mais Aave Labs a unilatéralement redirigé ces fonds vers son propre portefeuille, révélant que Labs contrôle le contrat intelligent de l’interface, et peut changer la destination des frais à tout moment. Cette démonstration de pouvoir a mis en colère la communauté.
En réponse, un détenteur a proposé un « poison pill » pour acquérir la propriété intellectuelle, le code, la marque et les parts de la société. Cette proposition de transformer la société en filiale DAO a été rejetée lors d’un vote durant la période de fêtes. La « poison pill » est une stratégie défensive en M&A, visant à empêcher une acquisition hostile, souvent par l’émission massive d’actions pour diluer l’acheteur. Ici, c’est une opération inversée : la DAO tente de prendre le contrôle de Labs via un vote.
Bien que la proposition ait été rejetée, elle a semblé pousser le CEO de Aave Labs, Stani Kulechov, à commencer à discuter d’un accord de partage des revenus et de propriété de la marque. La proposition actuelle, « 100 % des revenus contre financement », est une solution de compromis née sous cette pression. Tout cela s’est produit alors que Aave Labs traverse une restructuration majeure, notamment la fermeture de ses projets Web3 hors de la finance décentralisée sous la marque Avara. La startup a vendu son protocole social Lens et ferme progressivement son portefeuille Family, dans l’espoir de se concentrer davantage sur la DeFi.
Le cœur du cadre « Aave Will Win » est le lancement d’Aave v4, une version upgrade du protocole en développement depuis plusieurs années. Aave Labs indique que v4 « débloquera des sources de revenus que les versions précédentes ne pouvaient pas atteindre », et que ces fonds seront aussi versés au DAO. Cela inclut un nouveau « modèle centralisé-radiant » permettant d’étendre Aave à de nouveaux marchés ou cas d’usage, avec ses propres paramètres de risque et sources de revenus, élargissant ainsi le périmètre du protocole.
À titre de référence, le revenu annuel de Aave V3 dépasse déjà 100 millions de dollars. Si V4 pouvait faire grimper ce chiffre à 200-300 millions, le fait que 100 % aille dans le trésor DAO serait très attractif. Mais la question est : sans le développement et la maintenance continus d’Aave Labs, V4 pourra-t-il réussir ? C’est là que réside leur levier. Ils laissent entendre : « Je peux vous donner tout le revenu, mais il faut que vous me financiez, sinon il n’y aura pas de V4, et tout le monde sera perdant. »
La proposition demande une coordination entre Aave Labs et la DAO pour le développement de V4, tout en réduisant la priorité des nouvelles fonctionnalités de V3. La première version prévoit, dans un premier temps, d’arrêter progressivement V3 8 à 12 mois après la sortie de V4, en ajustant les paramètres pour encourager la migration vers la nouvelle version. Cette stratégie de « migration forcée » soulève aussi des questions. Si la DAO refuse la demande de financement, Labs refusera-t-il de développer V4 ou rendra-t-il V3 difficile à utiliser ?
Pour les détenteurs de tokens AAVE et les utilisateurs de DeFi, cette lutte interne est très destructrice. Quoi qu’il en soit, le conflit nuit déjà à la réputation d’Aave et à la cohésion de sa communauté. Des concurrents comme Compound ou MakerDAO pourraient en profiter pour prendre des parts de marché. L’idéal serait que les deux parties parviennent à un vrai compromis, protégeant à la fois les intérêts légitimes de Labs et la gouvernance de la DAO. Mais avec le niveau actuel de conflit, cela pourrait prendre plusieurs mois de négociations pour aboutir.
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