Le 5 décembre, sept grandes associations sectorielles chinoises — dont la National Internet Finance Association et l’Association bancaire — ont publié conjointement une « Alerte sur les risques visant à prévenir les activités illégales liées aux monnaies virtuelles ». Cette démarche intervient peu après la répression réglementaire du 28 novembre menée par treize ministères et commissions contre les opérations et la spéculation sur les monnaies virtuelles. Le document (l’« Alerte sur les risques ») adopte un ton sans équivoque et ferme, jetant un froid sur les entrepreneurs envisageant la tokenisation d’actifs du monde réel (RWA).
Beaucoup se demandent : Maître Sha, le RWA est-il réellement condamné en Chine continentale ?
En tant que juristes spécialisés en Web3, nous estimons que la réponse ne se résume pas à un simple « oui » ou « non ». Le principe du RWA consiste à numériser et tokeniser des actifs physiques via la blockchain, pour permettre leur négociation sur le marché secondaire et leur financement. Or, dans le contexte réglementaire actuel en Chine continentale, toute activité de tokenisation associée à une négociation publique franchit la ligne rouge fixée par l’« Avis du 24 septembre 2021 ». La récente « Alerte sur les risques » des sept associations vient renforcer un dispositif déjà hermétique.
L’« Alerte sur les risques » précise : « À ce jour, les régulateurs financiers chinois n’ont approuvé aucune activité de tokenisation d’actifs du monde réel (en Chine continentale). » Trois principaux obstacles juridiques se dressent face au RWA en Chine continentale :
D’un point de vue pénal, la problématique du RWA en Chine continentale ne réside pas tant dans la « disparition » du marché que dans le « nombre d’années » de peine encourue. Côté régulation, cette pression extrême s’apparente à un « frein d’urgence » en l’absence d’outils de contrôle efficaces. Comme évoqué, cette approche vise à protéger la société et à prévenir une nouvelle crise financière systémique, à l’instar de l’effondrement du P2P.
La Chine continentale étant fermée, l’attention se porte naturellement sur les marchés offshore tels que Hong Kong et Singapour. Les sept associations rappellent que « l’activité de prestataires étrangers sur le territoire continental est également illégale », mais elles n’interdisent pas expressément les activités purement offshore.
Cela traduit un récit macroéconomique plus large : le cycle économique intérieur chinois doit, à terme, s’interfacer avec l’économie mondiale. La sévérité continentale et l’ouverture de Hong Kong sont les deux faces d’une même réalité. La Chine continentale a besoin d’un « exutoire » pour permettre à ses actifs d’accéder aux marchés internationaux dans un cadre conforme.
Si un projet atteint un véritable statut « full offshore » — actifs sous-jacents, capitaux, serveurs et entités de conformité tous hors de Chine, sans sortie de RMB domestique — les autorités chinoises n’ont généralement pas de motif d’intervention transfrontalière. Dans ce schéma, une activité solide à l’étranger et conforme aux réglementations locales (détention d’une licence VASP à Hong Kong, par exemple) permet d’opérer librement.
Certains entrepreneurs du continent peuvent demander : puis-je transférer ma fabrique ou mes droits miniers à Hong Kong pour le RWA ?
En théorie, il est possible de créer une Special Purpose Vehicle (SPV) via une structure Outbound Direct Investment (ODI) pour transférer les droits à une entité étrangère. En pratique, cependant, cette voie s’apparente à ces routes périlleuses décrites dans la poésie classique chinoise — presque infranchissables :
Pour le RWA, le timing est déterminant. Actuellement, le consensus réglementaire entre plusieurs ministères crée une « période de pression maximale » pour l’application. Même à Hong Kong, sociétés cotées et institutions agréées demeurent prudentes du fait de la sensibilité des relations gouvernement-entreprises, d’où une attitude dominante : « même sans interdiction explicite, il vaut mieux attendre ». La meilleure stratégie pour les projets existants consiste à suivre la ligne réglementaire : suspendre l’activité ou migrer totalement offshore. Aller à contre-courant est fortement déconseillé.
Le RWA n’est pas « terminé » en Chine continentale ; il n’a jamais véritablement été compris ni mis en œuvre. Les déclarations des treize ministères et des sept associations réaffirment la ligne rouge réglementaire pour les activités domestiques.
Pour les entreprises chinoises ambitieuses, la véritable opportunité RWA se situe à l’international. Il ne s’agit plus d’un jeu de coquille de levée de fonds illégale, mais d’une opération complexe nécessitant conformité juridique, contrôle des changes et expertise en placement privé international.
Notre recommandation : si vous envisagez le RWA, rompez d’abord tout lien avec le RMB domestique, les investisseurs particuliers et les canaux promotionnels. Face aux lignes rouges réglementaires, la survie prime sur la rapidité. La ligne rouge du droit n’est pas faite pour être franchie.
L’accalmie actuelle prépare une clarification réglementaire future. Si vous préparez un projet RWA offshore et souhaitez une analyse de conformité ou une structuration, contactez-nous pour une consultation approfondie.





